Il est tout à fait normal (et sain pour votre cerveau!) d’éprouver de la difficulté à demeurer concentré, être  attentif et même d’avoir des oublis à l’occasion. Or, au-delà d’un certain seuil, des difficultés attentionnelles et comportementales peuvent nuire considérablement au bon fonctionnement quoditien. Dans un tel cas, il est possible que les problèmes rencontrés soient attribuables à un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H). Une évaluation en neuropsychologie s’avère alors plus que pertinente afin de cerner la nature et le degré des difficultés rapportées ainsi que d’y remédier par un traitement approprié.

*Attention, les difficultés attentionnelles peuvent aussi n’avoir aucun lien avec le TDA/H mais nécessitent tout autant d’être approfondies/examinées. Dans tous les cas, le neuropsychologue est un spécialiste qui pourra vous aider à mieux comprendre vos difficultés et vous proposer, s’il y a lieu, des pistes de solutions.*


 

Trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H)

Ce que c’est

Le TDA/H est un trouble neurologique qui se manifeste par des difficultés persistantes sur le plan cognitif, comportemental et émotionnel qui interfèrent significativement avec le développement ou le fonctionnement. Les individus aux prises du TDA/H peuvent montrer des difficultés dans le contrôle, le maintien et la régulation de l’attention, dans l’organisation du temps et la planification, dans l’auto-régulation comportementale (impulsivitié, agitation) ainsi que dans la régulation des réponses émotionnelles.

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LES SYMPTÔMES

Les principaux symptômes du TDA/H identifiés dans le Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (DSM-5; 2013) publié par l’American Psychiatric Association (APA) sont regroupés selon deux dimensions :

  • Inattention
  • Hyperactivité/impulsivité

Selon la combinaison des symptômes retrouvés chez un individu, trois présentations cliniques différentes peuvent être diagnostiquées:

  • prédominance de l’inattention
  • prédominance de l’hyperactivité/impulsivité
  • mixte ou combinée

La sévérité du TDA/H peut varier allant d’un degré léger, modéré ou sévère selon les cas. Les difficultés éprouvées doivent aussi se manifester dans plus d’un environnement/milieu de vie (c.-à.-d., école, travail, domicile, etc.).

Les symptômes associés à l’inattention (DSM-5)

L’individu qui présente un TDA/H, souvent :

  • Parvient difficilement à porter attention aux détails ou fait des fautes d’inattention
  • A du mal à soutenir son attention
  • Semble ne pas écouter quand on lui parle directement
  • Ne se conforme aux consignes ou ne mène pas à terme ses projets/travaux/obligations professionnelles
  • A du mal à organiser/planifier ses tâches et ses activités
  • Évite certaines tâches ou fait à contrecoeur les tâches qui nécessitent un effort mental soutenu
  • Perd les objets nécessaires à la réalisation de son travail ou de ses activités
  • A des oublis fréquents au quotidien

Les symptômes associés à l’hyperactivité/impulsivité (DSM-5)

L’individu qui présente un TDA/H, souvent :

  • Remue les mains ou les pieds, a la bougeotte
  • Peine à demeurer assis; se lève souvent alors qu’il doit rester assis
  • Court ou grimpe partout dans des situations où cela est inapproprié (chez l’adolescent et l’adulte, ce symptôme s’apparente généralement à un sentiment d’agitation interne, une fébrilité ou d’impatience motrice)
  • A du mal à se tenir tranquille lors des travaux ou des activités de loisirs
  • Est sur «la brèche», agit comme si «monté sur des ressorts»
  • Parle trop
  • Laisse échapper la réponse à une question alors qu’elle n’est pas encore entièrement posée
  • A de la difficulté à attendre son tour (p.ex., coupe la parole)
  • Interrompt les autres, impose sa présence (p.ex., fait irruption dans une conversation).

Bien que le diagnostic soit généralement donné durant l’enfance, il n’est pas rare que les difficultés deviennent évidentes plus tard dans le développement, lorsque les demandes de l’environnement sont plus exigeantes. En effet, chaque individu peut parvenir à mettre en place des stratégies pour pallier les difficultés, jusqu’à un certain seuil. En outre, les individus avec une présentation à prédominance inattentive peuvent passer sous les radars car ceux-ci ne cadrent pas nécessairement avec les idées préconçues au regard du TDA/H (c.-à-d., hyperactivité).


L’évolution au fil du temps

À la lumière d’études longitudinales, il appert que le TDA/H persiste à l’adolescence et à l’âge adulte chez 50 à 80% des enfants (Laral et al., 2009; Anastopoulos & Shelton, 2001).

Les manifestations du TDA/H présentent durant l’enfance ne sont pas nécessairement les mêmes que celles qu’on retrouvent chez l’adulte. Des travaux récents ont notamment montré que le TDA/H, à l’âge adulte, est caractérisé par une diminution des symptômes d’hyperactivité alors que les symptômes d’inattention sont maintenus (Shaw et al., 2013, Biological Psychiatry).


Le TDAH n’est pas un mythe ni une invention Nord-Américaine.

La recherche indique que la prévalence mondiale (donc partout dans le monde) du TDA/H est d’environ 5,3% (Polanczyk et al., 2007, American Journal of Psychiatry).

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Les causes

Les travaux empiriques confirment que des facteurs génétiques (héritabilité) contribuent significativement à la transmission du TDA/H (Faraone, 2000).

 Le cerveau

Le cerveau TDA/H est différent du cerveau non TDA/H sur le plan neurochimique, fonctionnel et structurel. Un fonctionnement anormal des circuits dopaminergiques (impliqués dans les récompenses et la motivation) dans le cerveau TDA/H est bien établi (Tomasi et al, 2011, Molecular Psychiatry). Des travaux en imagerie cérébrale montrent notamment une activité neuronale réduite chez les TDA/H (Cubillo et al., 2012, Cortex) mais également une plus faible communication (connectivité atypique)  entre différentes régions cérébrables en compairason au cerveau non TDA/H (Liston et al., 2011; Biological Psychiatry). Durant le dévelop/pement, la maturation de diverses aires cérébrales est aussi plus lente chez les TDAH en comparaison aux individus non atteints par le trouble (Shaw et al., 2007, PNAS). Un tel délai de maturation cérébrale expliquerait aussi les résultats d’une étude récente (Hoogman et al., 2017, The Lancet Psychiatry) objectivant un volume cérébral global plus petit chez les participants TDA/H (n=1713) en comparaison à ceux sans TDA/H (n=1529).  La comparaison a aussi permis d’identifier cinq régions cérébrales au volume inférieur chez les TDA/H. Il s’agit de l’hippocampe, de l’amygdale, du noyau caudé, du putamen et du noyau acumbens. À noter, l’amygdale est une structure cérébrale impliquée dans la régulation des émotions.


Il n’y a désormais plus aucun doute que le TDA/H ait des bases neurophysiologiques. Les différences soulevées sous-tendent vraisemblablement les difficultés et les manifestations comportementales typiques du TDA/H. Or, il est crucial de souligner que le potentiel intellectuel des individus aux prises du TDA/H n’est pas moindre que celui d’autres individus. Le cerveau TDA/H fonctionne certes différemment mais n’est pas pour autant moins performant!


À ne pas négliger !

Le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité peut se présenter conjointement avec de l’anxiété, des symptômes dépressifs et des troubles de comportements (opposition, agressivité), d’où la pertinence d’une évaluation neuropsychologique afin de départager, le mieux possible, la contribution respective de ces particularités sur le fonctionnement cognitif et comportemental.


À lire

Dossier TDAH: Démêler les fils du TDAHLa Presse, 12 décembre 2017.